L'original

En 1994, après avoir sévi militairement en Algérie, avoir rejoint les rangs de l’OAS, guerroyé en Argentine et intégré le SAC, puis le GAL, Roland Picot, dit l’Original, œuvre pour un caïd parisien prénommé Henri. Ce dernier, au vu des liens qu’entretient le barbouze avec la gente révolutionnaire nicaraguayenne, lui propose de monter une affaire qui consiste à dérober tout un stock d’armes détenues par la douane en utilisant l’aide d’un petit groupe de gauchistes composé d’Audrey, Florent et le revendeur Hicham. Après un repérage de l’équipe par Picot, l’opération est lancée. Les trois jeunes révolutionnaires investissent les lieux et font rapidement main basse sur la réserve d’armes. Mais en sortant en trombe du bâtiment, leur véhicule crée un accident à la barbe d’une voiture de police. L’opération tourne au vinaigre. Tandis qu’Hicham est cueilli par un policier, Audrey et Florent fuient en échangeant des tirs avec leurs poursuivants. Ayant atteint leur entrepôt avec leur butin, Picot intervient pour faire le ménage. C’est à ce moment-là que le barbouze se voit pris au piège par les hommes d’Henri. Son salut est dans la fuite qu’il va partager avec Audrey.

Par phibes, le 3 avril 2016

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Notre avis sur L’original

Après son adaptation illustrée du premier volet de Suite française d’Irène Némirovsky, Emmanuel Moynot revient une nouvelle fois marquer son lectorat en proposant une fiction aux accents pour le moins sombres et inéluctables. Cette dernière met en scène un personnage inquiétant, presque sans âme et sans attache, Roland Picot, un mercenaire extrémiste qui a fait les 400 coups dans de nombreuses organisations politico-miliaires, et qui se voit promis à un nouveau baroud, le dernier de sa peu enviable carrière.

L’histoire contée fait tout de même impression car, si non seulement elle dresse froidement le portrait d’un tueur totalement dessociabilisé, elle a le mérite de le plonger dans une affaire de trafic d’armes qui sent le soufre et qui va pousser toute une pelletée de personnages, pas très clairs, à s’opposer. A cet égard, Emmanuel Moynot étiquette ses personnages avec beaucoup de noirceur, laissant transparaître la facette la plus mauvaise de chacun d’entre eux dans des agissements on ne peut plus violents.

On pourra saluer en particulier comment l’artiste a pu peaufiner son personnage central en lui peaufinant une étoffe hors norme bâtie à la suite de l’intégration de nombreuses factions terroristes que l’artiste ne manque pas d’expliciter (certes avec un bon brin d’humour) dans sa préface illustrée.

Sous le couvert de dialogues sans fioriture, le récit se déroule dans une forme que l’on sent parfaitement maîtrisée. Les séquences qui se suivent indubitablement et qui permettent d’apprécier l’aventure sous différents angles (du côté de Picot, d’Henri le caïd, d’Audrey la révolutionnaire et du Commissaire ripoux Lenoir), s’assemblent dans une action remarquablement dosée et nous envoie vers une finalité à effusion aussi marquante que rapide.

La partie graphique démontre la grande efficacité du trait de l’artiste. Même si l’aura picturale de Jacques Tardi plane à quelques reprises, l’on concèdera bien volontiers que le style délié mis en avant reste d’une qualité redoutable. Le message est clair, aux saveurs sombres comme il se doit qui, à la faveur d’une colorisation appropriée, fait mouche à chaque vignette.

Un one-shot sans appel, brassant noirceur et violence, signé par un Emmanuel Moynot particulièrement inspiré.

Par Phibes, le 3 avril 2016

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