3''

Avec 3 secondes, Marc-Antoine Mathieu nous propose de suivre le trajet qu’un rayon lumineux parcourt en 3 secondes, soit 900000 km, en un seul et unique gigantesque zoom.

Par melville, le 14 septembre 2011

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Notre avis sur 3 »

La lecture d’un album de Marc-Antoine Mathieu est toujours l’occasion d’une expérimentation sur les possibilités narratives que peut offrir la mise en scène. Conceptuelle par essence, son approche de la bande dessinée ne peut néanmoins se réduire à un unique objet théorique, tant l’univers que l’auteur construit autour est riche. 3 secondes en est à ce jour peut-être l’illustration la plus aboutie.

Le « projet 3 secondes » possède deux supports. Un support papier sous la forme d’un album de bande dessinée au format 24cm x 24cm où chacune des planches est découpées en « gaufrier » de neuf cases, et un support numérique. La version papier est simplement la juxtaposition des différentes diapositives composant le film d’animation. Les illustrations sont exactement les mêmes, seule la mise en scène change. Mais loin d’être anodin, cela bouleverse entièrement notre perception du récit et offre deux lectures différentes. Alors que la version numérique propose une approche « tubulaire » du zoom, comme une fuite en avant des photons, l’album quant à lui, invite à une approche plus posée et moins linéaire qui permet une appréhension plus fine des nombreux ricochets, réflexions et réfractions de la lumière. Paradoxalement, elle en devient presque plus enivrante, mais il serait intéressant de confronter les points de vue de chacun sur ce point. On voit bien ici comment cette démarche questionne la mise en scène comme outil de narration.

Avant d’aborder un peu plus en détails le récit proprement dit de 3 secondes, j’aimerais revenir un instant sur l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu. Il est intéressant de voir comment l’auteur réinvestit le concept du zoom qui composait une des branches de l’intrigue du Dessin (Delcourt) ou dans une moindre mesure du Sous-sol du Révolu (Futuropolis/Le Louvre), pour en faire autre chose.

Marc-Antoine Mathieu est un « metteur en scène », mais aussi un conteur. C’est pourquoi ces récits renferment toujours une intrigue forte, souvent aux accents de polar. Ici il s’agit de meurtre sur fond de complot dans milieu du football. A la première lecture on est fasciné par ce gigantesque zoom qui nous emmène jusque dans la stratosphère et même au-delà… par les objets qui se répondent d’une case à l’autre et offrent ainsi du souffle à ce « zoom en ricochets » de 900000 km. La première lecture est en quelque sorte l’appréhension de la mise en scène. Les principaux éléments de l’intrigue en place dans notre esprit, on ne peut s’empêcher alors de relire l’album, et cette fois-ci on scrute chaque case, on cherche les petits détails à la loupe et on lits les textes des journaux à l’aide d’un petit miroir. La deuxième lecture est celle de l’investigation, de l’enquête où on devient pleinement acteur. Puis une fois ces deux axes de lectures décryptés, un troisième s’ouvre à nous. La troisième lecture est de l’ordre de la métaphysique. 3 secondes, 900000 km, le temps, l’espace…

Avant de conclure, il est important de souligner que 3 secondes renferme un réel esthétisme. Le trait de Marc-Antoine Mathieu n’a rien perdu de sa personnalité et c’est vraiment un réel plaisir de voir avec quelle aisance il manie le noir et le blanc. De chaque planche émane une vraie cohérence graphique, une petite prouesse de plus qu’en on songe qu’il s’agit d’un seul et unique zoom…

Enivrant, captivant, fascinant, 3 secondes est sans conteste un album à posséder d’urgence !

Par melville, le 14 septembre 2011

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